Une représentation du vide intersidéral

J’ai pendant longtemps été très réfractaire à l’art contemporain que je qualifiais sans modération aucune de « foutage de gueule » : j’avais beaucoup de mal à comprendre en quoi une ligne noire discontinue peinte sur une toile blanche pouvait être qualifiée de chef d’œuvre. De toute façon, pas du tout extrême dans mes opinions je considérais que le monde n’avait plus vraiment vu de réels artistes depuis la renaissance.

Bien confortée dans cette idée, la première fois que ma prof d’art plastique m’a parlé de Klein et de ces toiles monochrome je lui ai ris au nez. Je l’ai vexé et j’ai été virée de cours pour mon manque total de respect de l’autorité ET de l’art au passage. Derrière la porte je riais encore seule de ce que je venais d’apprendre : un mec vendait des toiles bleues. Toutes bleues. Et il se faisait une fortune…

Si je n’étais pas déjà convaincue que notre siècle était celui des fous je l’étais désormais.

Au cours suivant nous avons travaillé sur le noir. Vaste sujet. Encore bien marquée par mes nouvelles connaissances en termes de peinture moderne j’ai rendu une feuille blanche avec en son centre un énorme rond noir. Rien d’autre. J’ai justifié mon travail comme étant « une représentation du vide intersidéral qui nous attire tous inexorablement vers la fin« . Ma prof, pas rancunière m’a mis un 19 qui a remonté toute ma moyenne et moi j’ai ris des jours durant de l’insolence de mon projet.

Quelques années plus tard, je rendais visite à une amie à Madrid, comme elle n’était pas en vacances je l’attendais en passant mes journées dans les musées. C’est comme ça que je me suis retrouvée au Musée de la reina Sofia qui n’est pas tout à fait réputé pour ses peintures florentines si vous voyez ce que je veux dire. C’est pourtant là que pour la première fois j’ai passé une heure assise devant un ensemble de tableaux. Trois toiles blanches plus ou moins similaires représentants des lignes et des points peints de couleurs primaires.

Je suis sortie de là avec la ferme conviction d’avoir compris l’artiste. Lui aussi avait voulu représenter le vide intersidéral en réponse à l’absurdité du monde et en réfraction aux conventions. A partir de là mon discours sur l’art moderne a donc évolué. Je comprenais. C’était si simple. Ces poubelles renversées, ce sapin de Noël à la forme franchement équivoque place Vendome, le « dirty corner » dans le parc de Versailles… tout n’était pour moi ni franchement ni beau ni esthétique (ma définition de beau et esthétique étant : qui pourrait être exposé dans mon salon) mais il y avait un message. Un message approchant toujours plus ou moins de quelque chose comme « Fuck la société » mais un message quand même.

Il me restait encore un peu de chemin à parcourir pour en arriver à aujourd’hui ou rien ne me ravie plus que les œuvres de Mondrian – qui ne ressemble pas vraiment à la Joconde qu’on se le dise – ou de Ines Longevial, Leslie David ou encore plus radicale de Rosemarie Auberson, ma chouchou du moment.

J’ai cessé de chercher à comprendre. Désormais je ne me concentre plus que sur la démarche artistique. J’ai toujours un peu de mal avec les poubelles renversées, je peux encore contempler les extincteurs dans les musées en me demandant s’il s’agit d’une revendication particulière d’un artiste ou bien une simple mesure de sécurité et ne suis pas encore prête à craquer mon PEL dans un monochrome qu’il soit bleu ou noir mais je sens que je peux enfin le dire : je crois en l’art.

L’autre jour je me suis même surprise à dessiner des lignes sans chercher à crucifié le monde entier et son absurdité ! Vive le progrès !

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Crédit photo : Beaauuu Paris

Black painting by Pierre Soulage

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3 Comments

  • Reply deltreylicious

    Tu étais très insolente dans ta jeunesse dis donc ! Heureusement que ta prof ne t’en a pas tenu rigueur !
    Deltrey
    http://deltreylicious.com

    19 avril 2017 at 1:22
    • Reply Au petit Imprevu

      Hum et encore un peu aujourd’hui pour être tout à fait franche 😉

      19 avril 2017 at 3:26
  • Reply Marion

    Super article, moi aussi j’ai toujours eu un peu de mal avec l’art contemporain, même si en m’y intéressant d’un peu plus près j’ai fini par en apprécier certaines oeuvres. & ta robe est vraiment canon au passage 🙂
    Des bisous

    19 avril 2017 at 11:04
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